Sur une hauteur de Provence, un rempart ancien domine parfois une vallée, un passage ou le littoral. Ces vestiges conduisent à une question : qui vivait ici avant la conquête romaine ? Parmi les noms transmis par les auteurs antiques, celui des Ligures occupe une place importante. Mais derrière ce mot se trouvent plusieurs peuples, des territoires changeants et des traditions de recherche qu’il faut distinguer.
Oxybiens, Déciates, Salyens ou Védiantiens ne désignent pas les branches parfaitement connues d’un peuple unique. Ce sont des noms de communautés et de regroupements politiques, conservés par des sources inégales.
Qui appelle-t-on les Ligures ?
Les auteurs grecs et romains emploient le nom de Ligures pour des populations de régions méditerranéennes et alpines, notamment dans le sud-est de la Gaule et le nord-ouest de l’Italie. Leur manière de classer ces peuples ne correspond pas à une carte nationale moderne.
Les descriptions sont souvent écrites par des voisins, des partenaires commerciaux ou des adversaires. Elles renseignent donc aussi sur le regard des Grecs et des Romains. Les récits de guerres font davantage ressortir certains peuples que les périodes de relations ordinaires.
Pour comprendre les Ligures, il faut croiser les textes, les inscriptions et l’archéologie. Un nom antique ne suffit pas à tracer une frontière précise, et un type de rempart ne suffit pas à reconnaître une tribu.
Ligures et Celto-Ligures : pourquoi deux noms ?
En Provence, l’expression « Celto-Ligures » évoque les contacts et les transformations qui rapprochent des communautés locales du monde celtique. Le dossier scientifique du ministère de la Culture sur Entremont explique l’emploi de ce terme par les auteurs anciens.
Il ne faut pas transformer cette désignation en une formule d’ascendance valable pour chaque habitant. Les identités politiques, les pratiques matérielles et les réseaux d’échanges évoluent. La question « Ligures ou Gaulois ? » ne reçoit donc pas partout la même réponse, ni à toutes les périodes.
Six peuples et regroupements à connaître
| Nom | Repère géographique général | Point à retenir | | --- | --- | --- | | Oxybiens, aussi appelés Oxybes | Littoral du sud-est de la Gaule, dans le contexte des conflits autour d’Antipolis et de Nikaia | Leur territoire exact et la localisation d’Aegitna restent discutés. | | Déciates | Région d’Antipolis, l’actuelle Antibes, et son environnement | Ils apparaissent avec les Oxybiens dans le récit de la campagne romaine de 154 av. J.-C. | | Salyens ou Salluvii | Région d’Aix et Provence occidentale ; regroupement plus vaste au IIe siècle av. J.-C. | Leur nom désigne aussi une fédération de peuples celto-ligures. | | Védiantiens, Vediantii | Pays niçois et arrière-pays, en relation avec Cemenelum | Le territoire du peuple et la ville romaine doivent être distingués. | | Intéméliens, Intemelii | Région de Vintimille, en Italie actuelle | Albium Intemelium précède la ville romaine d’Albintimilium. | | Ingaunes, Ingauni | Région d’Albenga, sur la côte de Ligurie | Albium Ingaunum est associé à ce peuple ; la ville se développe ensuite dans le cadre romain. |
Ces repères sont une orientation, pas un découpage cadastral. La liste est volontairement limitée à quelques groupes utiles pour comprendre la Provence et la Ligurie occidentale.
Les Oxybiens et les Déciates : un épisode majeur en 154 av. J.-C.
Les Oxybiens et les Déciates apparaissent dans les sources relatives aux conflits avec les établissements grecs d’Antipolis et de Nikaia, aujourd’hui Antibes et Nice. Marseille sollicite l’intervention de Rome, et une campagne conduite par le consul Lucius Opimius se déroule en 154 av. J.-C.
Les conséquences de cette opération, comme sa traduction exacte sur le terrain, ont fait l’objet de discussions historiques. Les études consacrées à l’intervention romaine de 154 et à la présence militaire dans les Alpes-Maritimes permettent de comprendre ces débats.
Il faut notamment rester prudent avec Aegitna, localité mentionnée dans le récit des événements : son identification à un lieu actuel n’est pas définitivement acquise. Attribuer toute la côte d’un département aux Oxybiens, ou chaque enceinte proche d’Antibes aux Déciates, serait aller au-delà des preuves disponibles.
Les Salyens et Entremont : une fédération en Provence
Les Salyens constituent un autre repère essentiel. Leur nom est lié à la région d’Aix-en-Provence et, au IIe siècle av. J.-C., à une fédération de peuples opposée aux intérêts de Marseille.
L’oppidum d’Entremont éclaire leur monde : organisation de l’habitat, artisanat, objets et statuaire révèlent une société structurée. Les vestiges donnent une autre profondeur que la seule image de guerriers transmise par certains récits.
Les interventions romaines de 124 et 123 av. J.-C. participent à la défaite de la fédération. Ce nouvel épisode ne doit pas être confondu avec la campagne de 154 contre les Oxybiens et les Déciates. Le dossier sur Marseille et Rome distingue ces moments.
Les Védiantiens : du pays niçois à Cemenelum
Les Védiantiens sont associés au territoire niçois et à son arrière-pays. Le nom de Cemenelum, à Cimiez, appartient à une histoire dans laquelle se succèdent ou se transforment des organisations locales et romaines.
L’étude archéologique de Cimiez et Cemenelum rappelle que plusieurs questions concernant les installations antérieures à la ville romaine demeurent ouvertes. Les thermes et autres constructions romaines visibles ne doivent donc pas être présentés comme des monuments bâtis par les Védiantiens avant la conquête.
Intéméliens et Ingaunes : prolonger le regard vers l’Italie
La frontière actuelle entre la France et l’Italie ne délimite pas les réseaux antiques. À Vintimille, les institutions patrimoniales italiennes décrivent Albintimilium comme une ville romaine développée sur un établissement de culture ligure nommé Albium Intemelium.
Plus à l’est, le nom des Ingaunes est associé à Albium Ingaunum, devenue Albenga. L’histoire présentée par la municipalité replace ce peuple dans les conflits et les changements qui accompagnent l’expansion romaine. Ces deux exemples montrent la continuité de certains noms, tout en rappelant que les villes changent de forme et d’organisation.
Ce qu’un oppidum peut raconter
Une enceinte, un quartier d’habitat, une céramique ou une monnaie peuvent renseigner sur une occupation et sur ses relations. Leur interprétation repose sur la datation, le contexte de découverte et les comparaisons. Une céramique importée témoigne par exemple d’une circulation d’objets ; elle ne transforme pas automatiquement les habitants du lieu en Grecs.
De même, « oppidum » désigne un type d’établissement fortifié, pas une identité ethnique. Une fiche qui emploie le terme « celto-ligure » gagne à préciser sur quelles recherches repose cette attribution.
Les sources antiques étudiées dans le dossier d’Entremont montrent combien les récits de conflits influencent les portraits de ces populations. Les relire à la lumière des fouilles permet de retrouver aussi des habitants, des artisans et des échanges.
Explorer les traces avec OXYBIA
Sur la carte OXYBIA, le filtre « Habitats / oppidums » offre un point de départ pour découvrir des établissements anciens. Consultez ensuite la période, les sources et les informations d’accès de chaque fiche. Tous les oppidums de Provence ne peuvent pas être attribués avec certitude à une tribu nommée.
L’intérêt de cette exploration tient justement au rapprochement entre le paysage et les preuves : comprendre ce qu’un site révèle, mais aussi les questions auxquelles il ne permet pas encore de répondre.
Questions fréquentes
Les Ligures étaient-ils des Celtes ?
Le terme « Ligures » ne se confond pas simplement avec celui de « Celtes ». L’expression « Celto-Ligures », employée pour certaines populations provençales, traduit des contacts et des transformations dont le détail reste discuté.
Peut-on dresser une carte exacte des tribus ligures ?
On peut proposer des localisations générales fondées sur les textes et les vestiges. Des frontières précises et fixes donneraient souvent une impression de certitude excessive.
Les Ligures ont-ils tous disparu à une seule date ?
Les campagnes romaines se succèdent selon les régions et les peuples. Les transformations politiques ne signifient pas que les populations locales disparaissent d’un coup.


